Yannis Youlountas

Philosophe ou poète ? Humain tout simplement ! L'existence est muette et l'étiquette ment.


Questionnaire de...

...pas celui de Proust mais des visiteurs


Impossible de le faire céder : Yannis n’a pas voulu du questionnaire de Proust. Il ne voyait pas quoi répondre à certaines questions (héros, faits militaires, déclinaisons sexistes...). Nous lui en avons donc proposé un autre, évolutif, que vous pouvez prolonger à loisir : en nous transmettant vos questions en cliquant ici. Pour des raisons pratiques, nous avons choisi de numéroter ces questions (notamment pour qu’un propos puisse facilement renvoyer à l’une des questions-réponses).

Maud et Lola

1) Camille : – Vouvoiement ou tutoiement ?

Tutoiement. Mais pas de baiser à la russe, quand même !

« Mon vrai bureau, c’est dehors »

2) Karine : – Que trouve-t-on dans ton bureau ?

Honnêtement, je n’y mets presque jamais les pieds… sauf pour y poser des choses qui s’empilent et que je ne retrouve jamais. D’ailleurs, on m’a demandé une photo me montrant dans mon bureau pour ce site, à la façon de beaucoup d’écrivains, et j’ai répondu la vérité : impossible. Sauf à me frayer un passage, fabriquer une mise en scène, aller chez un ami complice ou dans le coin d’une bibliothèque pour donner le change. Mais ça, c’est pas trop dans mes habitudes. Mon vrai bureau, c’est dehors, dans la nature ou dans un café, près de chez moi ou très loin, qu’importe, mais dehors.

3) Fernand : – Inhumation ou incinération ?

Je commence à me demander quel est le but de ce questionnaire ! Non, en vérité, je m’en fiche (de ce qu’on fera de mon cadavre, pas du questionnaire).

4) Camille : – Pourquoi un site aussi riche ?

Ça, il faut surtout le demander à Maud ! Cependant, j’avoue qu’en observant l’avancée des travaux, j’ai pensé à beaucoup de choses et j’en ai, peut-être, trop proposé ! Maud, Éric et Minga n’ont rien osé me refuser. Il faut dire aussi qu’au départ, on s’était entendu sur un site volontairement simple, bref, dépouillé et pratique. Passer l’ancien site sous SPIP (Éric reprenant le flambeau de Val et Isa), ça me permettait, ainsi qu’à Maud et à d’autres proches, d’intervenir directement et facilement sur la mise à jour et l’évolution du site. Mais, pris au jeu, on s’est tous rendu compte, et moi le premier, qu’un tel média pouvait offrir des possibilités immenses dans le cadre de la gratuité qui, justement, est l’une de mes valeurs principales. Autrement dit, ce site n’est pas seulement une vitrine de ce que je fais, mais aussi une vaste sélection de lectures gratuites. C’est ça qui est devenu le plus important. Ensuite, on a aussi essayé d’être au plus vrai, sans cacher certains aspects polémiques (archives concernant mes engagements politiques, textes pamphlétaires…). Pour finir, on s’est intensément posé la question de ce qu’on laissait entrevoir de mon intimité, de ma vie. C’est alors que j’ai fait référence aux idées sur la question de mon ami Michel Onfray (à lire en préambule de Itinéraire 1970-2008). D’où la mise à jour par Maud d’une courte biographie déjà existante. Pour plus d’interactivité, nous avons également mis en place ce questionnaire (il est vrai que je n’ai pas voulu celui « de Proust » qui remonte, en réalité, à l’Angleterre victorienne). Je trouve intéressant que les visiteurs puisse ajouter leurs questions. Si je ne réponds pas ou peu à certaines, je dirai au moins pourquoi. Le questionnaire est évolutif comme le site, la vie, le monde…

5) Lola : – As-tu de l’ambition ?

Si j’en avais, j’agirais autrement : contenu des textes, choix des sujets, genres littéraires, modes d’édition et de communication. J’aurais un plan de carrière précis et prudent, au lieu de faire tout n’importe comment ou, plutôt, comme j’en ai simplement envie. Comme tous les artistes, j’ai bien sûr un côté narcissique que je ne cache pas (et qui m’amuse ou me dérange parfois, avec le recul). Mais je n’ai pas de fierté, sinon l’indépendance que j’ai sauvegardée dans des choix cornéliens ou douloureux. Je n’ai pas la vanité d’exister parce que je sais que c’est un lot commun, hasardeux et éphémère. À mes heures noires, je ne suis même pas sûr d’être né. Je ne suis même pas sûr que ce soit bien ça, la vie.

6) Fabien : – As-tu fait ton service militaire ?

Oui, pour des raisons idiotes. Notamment parce qu’on m’a dit que je risquais d’être gêné professionnellement si je ne m’y pliais pas. Des trucs que beaucoup ont entendus. J’ai donc accepté. Mais mes supérieurs l’ont regretté encore plus que moi ! Ce fut rocambolesque ! Je crois que Maud le raconte dans la petite bio. Sans parler de l’épisode suivant, en Grèce. Mais là-bas, j’ai dit : « stop ! », et j’ai choisi la clandestinité quelques mois, avant de rentrer en France à bord d’un bateau. Essayez de passer ne serait-ce qu’une heure dans le coffre d’une bagnole, au mois d’août, en Grèce ! Mais ce n’est rien à côté de ceux qui essaient de rejoindre la France dans le train d’atterrissage des avions, à plusieurs kilomètres d’altitude.

« En Grèce, j’ai laissé des valises entières,
des morceaux de moi, des vies parallèles. »

7) Stélios : – La Grèce, c’est quoi pour toi ?

Le ventre de ma mère (vous ne voulez tout de même pas que je dise : « les c… de mon père » ?). Oui, c’est ça. Plus que la terre de mon père : la matrice. On laisse toujours un petit quelque chose de soi partout où on est passé. Un petit quelque chose qui nous manque. En Grèce, j’ai laissé des valises entières, des morceaux de moi, des vies parallèles.

8) André : – Franchement, tu trouves que tu écris bien ?

C’est un piège, ça ! C’est pour me faire passer pour grand prétentieux ! Franchement, oui, je crois que j’écris plutôt bien (dixit ce qu’on me dit, y compris parmi les écrivains dont j’admire l’aisance), mais que je ne suis pas un « hystérique de la page » : ça part un peu dans tous les sens et mes brouillons en sont le reflet (à découvrir dans le livre Odyssées, La gouttière, décembre 2007). Pareil pour les sujets et les genres que j’ai abordés. Je ne me suis pas fixé un cap précis (contrairement à beaucoup de mes confrères), parce que j’aurais trop peur de m’ennuyer. La vie est un voyage troublant, surprenant, dépaysant. Je n’ai pas envie de lui tourner le dos à mon bureau. Ma petite vie m’importe plus que ma petite œuvre. Et, si j’ai quelques qualités, je crois que ma principale n’est pas d’être brillant mais d’être sincère, autant que possible.

9) Thierry : – T’es-tu déjà senti trahi ?

Souvent. Une trahison, pour moi, c’est pire qu’un abandon.

10) Pierre : – Quels prix de concours de poésie as-tu sur tes étagères ?

C’est encore un piège ? Aucun, bien sûr. Je ne les ai jamais acceptés. Si j’étais encore au collège, pourquoi pas ? Mais plus maintenant (à lire sur le sujet : Contre une poésie de l’ennui et la bienséance ainsi que Attention poète ! dans Liberté du poète).

« Tendre vers la marginalité dans l’essence
et vers l’union dans l’existence. »

11) Maud : – Quel est ton philosophe préféré ?

Ça c’est plus dur qu’il n’y paraît. Aucun philosophe n’est tout pour moi. Ni ceux que je connais personnellement, ni ceux que je relis le plus souvent. Il n’y en a pas deux ni trois qui puissent éclipser les autres. Et puis, il y en a beaucoup dont je n’apprécie qu’une partie de l’œuvre, soit parce que je n’ai pas accroché en lisant le reste, soit parce que tout simplement je ne l’ai pas encore lu. Je n’aime pas l’attitude courante qui est d’avoir réponse à tout, notamment en littérature, comme si on avait tout lu ou presque. Je ne cherche pas à cacher mes lacunes, si tant est que ce soient des lacunes, car le but de la philosophie est tout de même de penser par soi-même. Certes, on ne pense pas seul. De même qu’on ne vient pas de nulle part. Mais on essaie de se libérer, d’aller au-delà, au-dedans, au-dehors. Comme un poumon qui respire, un cœur qui bat, des mains qui s’éloignent puis se rejoignent. C’est un peu la même chose au niveau matériel : on désire l’autonomie tout en cultivant la solidarité. Les deux sont complémentaires. Tendre vers la marginalité dans l’essence et vers l’union dans l’existence. Mes philosophes préférés sont donc ceux qui m’ont le plus aidé à m’émanciper : DIOGÈNE, ÉPICURE, Michel de MONTAIGNE, Baruch SPINOZA, LA METTRIE, Denis DIDEROT, le Baron D’HOLBACH, Ludwig FEUERBACH, Mikhaïl BAKOUNINE, Henry David THOREAU, Friedrich NIETZSCHE, MARCUSE, Jean-Paul SARTRE, Simone de BEAUVOIR, Georges BATAILLE, Gilles DELEUZE, Michel FOUCAULT, Noam CHOMSKY, Marc SAUTET, André GORZ, Clément ROSSET, Gilles CHÂTELET, Michel TOZZI, Miguel BENASSAYAG, Éric HAZAN, Raoul VANEGEIM, Michel ONFRAY et Gunter GORHAN.

12) Maud : – Quels sont tes poètes préférés ?

HOMÈRE, SOPHOCLE, François VILLON, Edgar POE, Charles BAUDELAIRE, Arthur RIMBAUD, Charles CROS, Pierre LOUŸS, Federico Garcia LORCA, Robert DESNOS, Berthold BRECHT, Antonin ARTAUD, Giorgos SEFERIS, Gabriel CELAYA, Benjamin PÉRET, Boris VIAN, Annie LEBRUN, Yannis RITSOS, John LENNON, Georges MOUSTAKI, Georges BRASSENS, Léo FERRÉ, Serge UTGÉ-ROYO, Odysséas ELYTIS, GÉBÉ, Serge GAINSBOURG, Magyd CHERFI, ZAZIE, Bertrand CANTAT (on ne peut pas résumer la vie d’un homme à un seul de ses actes, le meilleur comme le pire), Jean-Bernard POUY, Serge PEY et RIDAN.

13) Maud : – Et parmi les membres du Cercle des Poètes Tarnais ?

J’aimerais citer mes amis Thierry DUCUING, Rachel REVESZ, Roger ROSSETTI, Pierre ROUVE, Flore DUCHÊNE, Françoise MEYNARD, Alfred CAZENEUVE, Anne CHAUVIN, Christiane ROS, Serge GORIN, Jean-Pierre GAUBERT, Elba, Jean BONNET, Josiane LAMON-LONGO, Calixte O. BACHER, Gaston-Louis MARCHAL, Hellé FONTANILLES (la doyenne, 97 ans), Francis CROS, Josy REY, Nathalie NADAUD, Julien FERRANT et Patrick CAUJOLLE. J’aurais voulu ajouter Chris MARVIL qui vient malheureusement de disparaître en ne nous laissant qu’un seul livre (que j’ai eu l’honneur de préfacer) et quelques brouillons intéressants.

14) Karine : – Pourquoi écris-tu ?

Pour éprouver mon humanité (à tous les sens du terme)..

15) Lola : – Qu’est-ce que tu voudrais changer à ta vie ?

Rien, à part le sens chronologique. Je préférerais vivre à l’envers : du néant du dernier souffle à celui de l’orgasme initial. J’aimerais mourir d’abord pour naître à la fin, après avoir remonté le temps durant plusieurs dizaines d’années, de plus en plus jeune. Dans les coulisses de cette métaphore se cache le problème essentiel de l’existence : l’incapacité de l’être humain à achever sa naissance. Et donc la sensation inavouée d’une vie en instance, dans les méandres d’un être en formation, tourné vers un accouchement inaccessible, dans un bain de nature et de culture. Dans ce bain, l’homme a pied, il se déplace, joue, tourne sur lui-même, puis avance vers le rivage, mais sans jamais parvenir à l’atteindre. L’homme n’est pas tant condamné à la liberté qu’à l’inatalité.

« Je me suis coupé brutalement les cheveux un matin,
seul face au miroir de ma salle-de-bain,
une paire de ciseaux à la main
et une pensée pour Frida Khalo. »

16) Myriam : – Certaines photos du site montrent que tu avais les cheveux très longs auparavant. Quand et pourquoi t’es-tu coupé les cheveux ?

Début 2003. Quand j’ai senti à quel point j’étais moins libre que je le croyais. Je me suis coupé brutalement les cheveux un matin, seul face au miroir de ma salle-de-bain, une paire de ciseaux à la main et une pensée pour Frida Khalo. Puis j’ai continué avec un rasoir, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien sur mon crâne, pour la première fois. D’après certains, c’était aussi un suicide symbolique. D’autres, encore, ont cru que c’était pour masquer un début de calvitie. Il y a peut-être un peu de tout ça et sans doute autre chose... De plus, entre 2003 et 2006, j’ai porté un piercing à l’arcade sourcilière droite pour éviter d’être confondu avec un militaire ; mais j’y ai finalement renoncé parce que ça faisait trop « Jacky » (la chanson de Brel). Il paraît que ce look signifie la révolte, notamment parmi les écrivains. Quelques uns disent le contraire. Je crois que ça n’a pas grande importance.

17) Déborah : – Quel est ton signe astrologique ?

Vierge ascendant Lion et descendant du train. Non, je n’y crois pas du tout.

18) Lionel : – Vin blanc ou rouge ?

Rouge l’hiver, bière l’été. Et un peu d’Ouzo ou d’Armagnac.

19) David : – Pourquoi es-tu athée ?

On me dit parfois « agnostique ». Je réponds alors : « non, pas agnostique, je sais ce que je pense et j’ai une opinion bien tranchée, jusqu’à preuve du contraire ». On me propose alors « athée » dont le « a » privatif semble plus clair, précis et exhaustif. Et là, je m’autorise en général une confidence : « je préfère antithée à athée, car non seulement je sais ce que je pense, c’est-à-dire mon opinion, mais je sais aussi ce que je ne veux pas, ce contre quoi je lutte. Je suis contre tous les théismes, je pense qu’ils sont nuisibles à l’humanité. Donc je suis un partisan de l’antithéisme et non pas seulement de l’athéisme. Je suis antithée. » En général, on commence déjà à me regarder comme si j’avais un énorme bouton sur le nez ou une cicatrice gigantesque sur le front. On m’observe scrupuleusement en hochant la tête, puis en acquiescant mécaniquement comme un chien en plastique sous la lunette arrière d’une voiture. J’ajoute alors : « de surcroît, il se trouve que je partage avec quelques amis la passion de l’étude historique et philosophique d’une pensée sans dieu. Je suis donc également athéologue. »

20) Béa : – Quelles sont les questions que tu ne voudrais pas qu’on te pose ?

Je ne sais pas. Je m’attends à tout, ou plutôt à rien. Je préférerais éviter les questions non pas personnelles mais privées, c’est-à-dire qui touchent à l’intimité de mon existence commune avec Maud, ou concernant un peu trop mes enfants. À part ça, si une question me gène, je dirai pourquoi, et je n’y répondrai pas, tout simplement.

« Le manichéisme est un poison
et la philosophie est son antidote. »

21) Thierry : – Es-tu manichéen ?

Non, je suis franco-grec. Mais je me soigne. J’aimerais devenir terrien, juste terrien, sans perdre la mémoire, mais sans en faire non plus une ligne Maginot ou un cercueil de mon vivant. Ce que j’aime le plus dans la France et la Grèce, c’est leur côté rebelle. Je suis un homme de convictions qui est prêt à tout remettre en question à tout moment. Mais j’ai une conviction qui est nettement plus forte que les autres : c’est justement que l’homme est perfectible. Je ne pense donc pas qu’il puisse être complètement et définitivement bon ou mauvais. Le manichéisme est un poison et la philosophie est son antidote. Philosopher, c’est dépasser l’opposition stérile des opinions, rechercher leurs présupposés, étudier leurs histoires, examiner leurs arguments, dénouer le fil de leurs raisonnements sous-jacents et tisser autre chose, autrement, au-dessus, au-delà. Philosopher, c’est dépasser la vision binaire, c’est-à-dire manichéenne du monde.

22) Michel : – À quelle phrase peut se résumer ta philosophie ?

L’homme croit être tout et ne rien avoir alors qu’il a tout et qu’il n’est rien ; sur cette erreur fondamentale sont construites nos sociétés.

23) Didier : – Es-tu mondain ?

C’est une blague ? Non, bien sûr. Et la plupart de mes amis non plus. Donc on ne va même pas détourner, comme certains, les réceptions formatées, désuètes et pédantes, en grignotant ensemble, une coupe de champagne à la main, en concédant quelques mimiques à droite à gauche. Je ne concède pas de mimique. Si je souris, c’est que j’en ai envie. Et là c’est le cas, justement.

« Je cultive mon jardin. J’ai même une serre, quelques poules pondeuses, des canards et deux moutons... »

24) Didier : – Est-ce que tu gagnes bien ta vie ?

Non. Mais je vis plutôt bien. La maison où j’habite a été construite par mes grands-parents français, sur un versant ensoleillé de la Montagne Noire. Je cultive mon jardin. J’ai même une serre, quelques poules pondeuses, des canards et deux moutons (Jaoui et Bacri) pour m’éviter de tondre en polluant l’atmosphère et en sirotant les réserves de pétrole. Mon entourage est très SEL (services d’échanges locaux). On se rend des services comme les paysans d’autrefois, on se prête du matériel que les autres n’ont pas besoin d’acheter, on fait du troc, on donne, on aide, on soutient. C’est ça l’amitié, pour moi. L’exemple de ce site est éloquent. Pareil pour les voyages : je ne vais presque jamais à l’hôtel et rarement au restaurant. Même à Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Athènes, New York ou Barcelone.

25) Déborah : – Comment fais-tu avec ton jardin et tes animaux quand tu voyages ?

Justement, c’est ça l’avantage de l’échange de services. J’ai un vieil ami qui s’appelle Fernand, qui a participé à l’aventure des cafés-philo et qui était attristé de ne plus avoir de potager. Il y a 7 ou 8 ans, je lui ai proposé d’utiliser la moitié de mon jardin et de mon enclos à volailles pour son usage personnel. En échange, quand je m’absente, il veille sur l’ensemble, comme je le fais quand il part en vacances l’été.

26) Pierre : – Quand tu écris, ton premier lecteur, c’est qui ?

Maud, ma compagne. Parce qu’elle est franche, directe et… rapide à solliciter !

« Être anar, c’est oser aller au-delà du possible,
du raisonnable, du convenable,
tant au niveau de l’imaginaire que du réel. »

27) Jean-Michel : – Tu es un anar ou un homme de gauche ?

Je suis à gauche depuis l’âge de sept ans, quand j’ai appris que des gamins du même âge avaient dû bosser dans des mines, en France, il y a quelques dizaines d’années, et que c’est leurs pères qui, un peu plus tard, s’étaient mis en colère contre leurs ministres et patrons pour les forcer à arrêter ça. Cette colère, juste et légitime, c’est la marque de fabrique de la gauche. La gauche qui n’est pas en colère n’est pas la gauche, c’est le centre. Quant à anar, je le suis depuis que j’ai su qu’on pouvait dire merde, même tout seul, et je ne me suis pas gêné. Être anar, c’est oser aller au-delà du possible, du raisonnable, du convenable, tant au niveau de l’imaginaire que du réel. Être anar, c’est oser la transgression quand la négociation, le dialogue et la lutte s’étiolent ou trépignent dans l’impasse. La désobéissance civile, par exemple, est pour moi une attitude essentiellement anarchiste, même si de plus en plus de gens s’y réfèrent. Parce qu’elle désacralise l’État, la Loi et la Force publique quand la dignité de l’être humain est en jeu, quand sa conscience s’oppose à une décision institutionnelle insupportable, quand ce qui est légal n’est plus légitime. L’essentiel de l’attitude anarchiste réside dans cette désacralisation. Être anar, c’est oser penser et faire ce qui est défendu quand il est illégitime de l’interdire. C’est préférer l’humanité à la citoyenneté quand l’État, la Loi et la Force publique deviennent inhumains. D’après moi, être de gauche et être anar ne s’opposent pas forcément (on peut lire à ce sujet la tribune que j’ai écrite avec Michel Onfray dans Politis). Certes, la gauche est une notion enracinée dans l’histoire du parlementarisme français qui s’est ensuite répandue dans le monde entier. Néanmoins, n’oublions pas que les élus qui se sont placés à gauche dans l’hémicycle à l’aube de la Révolution française l’ont fait pour exprimer leur opposition au droit de veto royal. Il s’agissait d’un acte hautement symbolique. Non seulement parce qu’il exigeait la justice et l’égalité, mais aussi parce qu’il désacralisait quelqu’un ou quelque chose qui jusque-là exerçait un pouvoir considérable sur les vies et sur les consciences. L’étymologie d’anarchie étant le refus du chef, il y a donc une proximité ontologique que les divergences sur le parlementarisme ne sauraient, à elles seules, éluder. Être à la fois de gauche et anar, c’est refuser que le Président de la République dispose de droits régaliens (comme le droit de grâce, c’est-à-dire de vie ou de mort, supprimé en 1981 avec la Peine de Mort), c’est rappeler que le parlement n’est pas le seul horizon de la vie politique, que la population gronde au-dehors et que les individus ont aussi leur mot à dire. C’est rappeler qu’aucune oppression ne saurait se prévaloir de la loi. Qu’aucun homme ne saurait être le père de la Nation. Que l’esprit prime sur la lettre qui ne saurait être sacrée. Par conséquent, être de gauche et anar, c’est considérer comme une absolue nécessité politique que chaque être humain devienne philosophe. Rappelons-nous la devise d’un incrédule insoumis, matérialiste hédoniste et initiateur de l’Encyclopédie : « hâtons-nous de rendre la philosophie populaire » (Denis Diderot).

« Nous sommes tous des Pénélope
face à notre tapisserie du monde. »

28) Matthieu : – Tu sembles cultiver les paradoxes, d’ailleurs tu emploies souvent ce mot. Pourquoi ?

D’abord, sur le plan de l’existence, je reconnais qu’une cohérence absolue est impossible, concrètement, au jour le jour. Je m’accepte imparfait, fragile, inachevé. Désirer intégralement cette cohérence reviendrait à risquer l’intégrisme. À l’inverse, la perdre de vue, ce serait s’abandonner à l’opportunisme, au gré d’une recherche de rentabilité généralisée à l’échelle de la vie. Donc, entre ces deux bornes, je suis un peu sous tension, comme sous l’effet d’une énergie vitale qui me pousse à m’inventer chaque jour. Le paradoxe est source d’inspiration, de réflexion et de création. Étymologiquement, il conduit à chercher sans cesse un sens nouveau, à réexaminer ses principes, à dépasser le stade précédent. Le paradoxe est une tension qui provoque un mouvement, un dépassement de soi, un rapport au monde renouvelé. D’où l’importance du paradoxe dans la pensée, qui permet d’éviter les écueils de la certitude ou du simplisme. De même que la nature est constituée de cycles et de forces antagonistes, la pensée humaine est une pile qui rapproche et relie des idées qui semblent s’opposer. C’est là précisément l’étymologie du mot intelligence, qui vient de inter ligare : lier entre, c’est-à-dire relier, suivre le fil de sa pensée, dénouer les problèmes, tisser une représentation globale du monde, une vue d’ensemble, sans cesse renouvelée. Nous sommes tous des Pénélope face à notre tapisserie du monde. Sans cesse en train de la défaire quand il fait moins clair, puis de recommencer l’ouvrage à la lumière d’une nouvelle vision.

29) Michel : – Quel est le principal paradoxe qui traverse ta philosophie ?

Sans doute, quand je dis que le propre de l’homme, c’est l’inatalité. Mais aussi dans la plupart de mes incitations à résister, à s’engager, à se risquer dans l’opinion agissante. Par exemple, quand j’écris : le vrai confort est inconfortable, le vrai calme est aventureux, la paix est un combat, la vérité un débat, le droit une lutte. Tout n’est que mouvement. L’oublier c’est mourir ; mourir au monde et à sa propre vie (dans La mort des Poètes, La gouttière, 2005).

« Le paradoxe est le plat de résistance de l’intelligence
quand elle se nourrit du réel... »

30) Daniel : – Le paradoxe est-il aussi présent en poésie qu’en philosophie ?

Oui. La poésie ne se caractérise ni par la métrique, ni pas les rimes. On peut écrire de la poésie en prose à la seule condition de créer du langage, car c’est précisément la définition de la poésie (du grec ποίησις, poiêsis : création). D’où l’importance de la métaphore qui transporte le sens en désignant autrement (du grec μεταφορά, metaphora : transport). Écrire de la poésie, c’est dire autrement, ce qui stimule évidemment la pensée. J’irai même plus loin. Pour moi, la métaphore est un paradoxe sémantique de même que le concept me semble un paradoxe relatif. Prenons deux exemples. Quand Caussimon décrit les vagues en les qualifiant de « chevaux de la mer » (Comme à Ostende, chanté par Ferré), il fait d’un paradoxe sémantique une métaphore. Et quand Spinoza dit que « le concept de chien n’aboie pas » (Éthique, § I), il souligne une différence et, par conséquent, la tension qui existe entre l’idée et la chose (paradoxe dans le rapport au réel, c’est-à-dire relatif à la chose). Le paradoxe devient là synonyme d’invention, de supplément de langage, de supplément de sens. Il est l’émanation de l’intelligence, comme un plat constitué d’ingrédients prélevés dans le réel. Le paradoxe est le plat de résistance de l’intelligence quand elle se nourrit du réel en le reliant. Avec le paradoxe, l’intelligence tombe sur un os. Elle le ronge, puis continue sa marche vers l’inconnu.

« ... Un rapport de force
dont le muscle principal est la langue. »

31) Josy : – Que penses-tu de cette proposition : « On a remarqué que tous les fous étaient philosophes et que tous les philosophes étaient fous » ?

C’est sans doute un peu caricatural, mais ça pose bien le problème du rapport à la normalité. La philosophie est un travail d’extraction, d’analyse et de raffinage de la doxa, de l’opinion, de la norme. Mais je crois que dans la distribution des rôles, le philosophe est plutôt le psychiatre du poète et, à travers lui, de l’humanité. Car c’est le poète qui relève probablement le plus de la folie. C’est le poète qui recherche et cultive le dérèglement (du langage, des sens ou des lois en général). L’itinéraire et l’œuvre de Villon, Rimbaud ou Artaud sont emblématiques de ce rapport insurrectionnel à la normalité langagière, sensorielle et morale. Le poète trouble les rites de sa communauté, remplace ses symboles, fustige ses répétitions et va parfois jusqu’à la maudire et être maudit à son tour. Ce n’est pas seulement un jeu de mot, mais bien un rapport de force dont le muscle principal est la langue. Il n’y a de poésie qu’insoumise ou, plus précisément, anormale. Pour aller plus loin, je t’invite à lire les premières pages de mon petit essai La mort des poètes (La gouttière, 2005). Tu y trouveras une autre formulation : « Tout poète est un fou qui revêt l’habit d’un prophète, exceptés les géants de la poésie pour lesquels c’est l’inverse. »

32) Lola : – Quel est ton mot préféré dans la langue française ?

Convaincu.

33) Lola : – Quel est ton mot préféré dans la langue grecque ?

Φιλοs.

« Je ne fonctionne pas sur le mode de l’espérance... »

34) Madame Bu : – Parmi tes projets littéraires actuels, lequel voudrais-tu voir le plus vite publié ?

Je ne suis pas pressé. Je n’attends rien de particulier pour mes petits écrits. Je ne fonctionne pas sur le mode de l’espérance (lire ici ni du projet de carrière. C’est tout le contraire. Mais pour te répondre, disons que j’aurais plaisir à voir mon premier roman publié : Les Lèvres d’Athènes (sans doute en octobre, juste à temps pour le Salon du Livre de Gaillac).

35) Didou : – Pourquoi avoir choisit une couverture aussi grande pour ton livre Odyssées ?

C’est une idée à Maud. J’ai trouvé ça original et agréable à parcourir. Le prix reste raisonnable : c’est important aussi (objet de collection au format 41 cm x 14 cm, avec archives, documents, manuscrits, poèmes... 15 euros). Je tiens à préciser que c’est la première fois que mon visage apparaît sur l’une de mes couvertures (dessiné d’une façon antique). Ce n’est pas du tout dans mon habitude, mais il paraît que c’était souhaitable pour un livre sur la question du sens de la vie... d’autant plus qu’il est un peu autobiographique. Autre chose : en dépit des épaules nues sur la couverture, ce n’est pas un ouvrage coquin ! (on m’a encore posé la question récemment).

36) Katerine : – Pourrais-tu arrêter d’écrire de la poésie ?

Oui. Dire le contraire serait une mise en scène malhonnête et péremptoire. Je me suis déjà arrêté d’écrire de la poésie durant six ans, entre 21 et 27 ans (c’est l’ami poète Thierry Ducuing, également passionné de philosophie, qui m’a poussé à reprendre la plume). Mais, le cas échéant, j’aurais sans doute besoin d’écrire, quel que soit le genre.

« J’ai passé l’âge d’attendre les bons points
de gens qui se flattent d’être des grandes personnes
et qui ressemblent le plus souvent à des teckels,
à force de ramper ou de faire des courbettes. »

37) Michel : – Que penses-tu du mode d’attribution des prix littéraires ?

Franchement ? Rien. Je n’y connais pas grand-chose et me désintéresse totalement de ce genre de petits manèges. Les notables de la plume qui s’amusent avec leurs pompons me donnent plutôt la nausée (lire ici ou ). J’ai passé l’âge d’attendre les bons points de gens qui se flattent d’être des grandes personnes et qui ressemblent le plus souvent à des teckels, à force de ramper ou de faire des courbettes.

38) Fanou : – Qu’est-ce qui te manque le plus en ce moment ?

Mes enfants athéniens (lire ici et ).

39) Manu : – Pourquoi Renaud n’a finalement pas soutenu Bové, contrairement à ce que laissait présumer ses interviews et l’une de ses chansons ?

ll était fâché contre José car celui-ci ne l’aurait pas rappelé à plusieurs reprises durant l’automne 2006, au moment où Renaud aurait pu profiter de la promo de son nouvel album (Les bobos) pour lui témoigner publiquement son soutien. C’est du moins ce que Renaud m’a dit quand j’ai fait l’intermédiaire, avec Maud. Il était particulièrement remonté. De son côté, José m’a affirmé qu’il n’avait pas trouvé ces messages sur son répondeur téléphonique. Comme il en reçoit beaucoup, on peut également supposer une erreur. C’est humain, non ? Et puis, il faut se rappeler du contexte personnel de José en novembre-décembre 2006 : il s’était progressivement replié dans le silence, après l’échec des collectifs unitaires. Il avait retiré sa candidature à la candidature et était retourné à Montredon finir sa nouvelle maison. Durant cette courte traversée du désert, on peut comprendre qu’il ait eu besoin de couper avec un portable qui n’arrêtait pas de sonner. Bref, cette histoire me semble un malentendu de circonstances.

40) Thierry : – Tu te sens plus poète ou philosophe ?

Peut-être poète. Mais ce n’est pas très important à mes yeux. Je partage complètement l’opinion de Vaneigem sur les étiquettes (Traité du savoir vivre à l’usage des jeunes générations). Quand Éric et Maud m’ont demandé comment j’aimerais être qualifié dans le bandeau du site (philosophe ou poète ou les deux ?), je leur ai proposé : « Philosophe ou poète ? Humain tout simplement ! L’existence est muette et l’étiquette ment. »

« – Quel est le fait militaire que tu admires le plus ?
– La désertion. »

41) Fabien : – Tu n’as pas voulu répondre au questionnaire de Proust, mais accepterais-tu quand même de répondre à une seule de ses questions : quel est le fait militaire que tu admires le plus ?

La désertion.

42) Lydie : – Y a-t-il un bijou que tu portes parfois ou auquel tu tiennes ?

Je ne porte aucun métaux : ni gourmette, ni collier, ni bague, ni même une montre… Mes seuls bijoux sont les gens que j’aime.

43) Séverine : – Toi qui aimes beaucoup jardiner, quels sont ta fleur, ton fruit et ton légume préférés ?

Le coquelicot, la pastèque et l’aubergine.

« Toute existence figée dans une posture
est une imposture. »

44) Karine : – As-tu une devise ?

Aucune. Ce serait couronner l’hypothèse d’un jour en certitude d’une vie. Toute existence figée dans une posture est une imposture. La vie nous mutile suffisamment : pourquoi s’éborgner en réduisant ainsi notre regard sur le monde ?

45) Josy : – Que penses-tu de l’affirmation « la Liberté est une prison et nous sommes nos propres geôliers » ?

Je dirais plutôt : « l’existence est une cellule de prison dont les barreaux nous permettent à peine de mélanger nos doigts et nos mots. Ces barreaux nous séparent même quand nous essayons de faire l’amour. »

46) Josy : – Yannis, tu as cité Epicure en répondant à la question N°11. Serais-tu épicurien ?

Non, chère Josy, je ne crois pas. J’aime trop la démesure. Je préfère Dionysos à Apollon. La vie est un cri, une onomatopée, un va-et-vient fugitif, un orgasme sans lendemain, un premier jet sur une toile inachevée, un breuvage servi une seule fois. Inutile de la célébrer autrement.

« La vie est un cri, une onomatopée,
un va-et-vient fugitif, un orgasme sans lendemain... »

48) Frédéric : - Que penses-tu du « quadruple remède » d’Épicure loué par ton ami Michel Onfray ?

Cher Frédéric, ta question est intéressante, mais j’avoue que je suis un peu agacé par ce genre de « syllogisme amical », qu’il s’agisse de mes liens d’amitié avec X ou Y. Je ne partage pas tous les points de vue de Michel Onfray, loin s’en faut. Quand nous nous transmettons nos manuscrits avant qu’ils soient publiés, nos points de vue divergent parfois, bien que nous partagions l’essentiel et que nous apprécions le style de l’autre et sa façon d’écrire. Il en va de même avec Gunter Gorhan qui est l’un des amis qui a le plus marqué mon existence. Non seulement, j’éprouve une grande amitié pour eux, mais je les considère aussi comme des philosophes hors du commun, chacun à sa façon. Gunter est exceptionnel en cela qu’il est l’archétype du philosophe antique réapparu et ayant lu, ruminé et digéré 25 siècles d’histoire de la philosophie. Michel est exactement le philosophe de son temps, dans son temps, sur son temps (l’un de ceux qui en parlent le mieux), avec ses qualités et ses défauts, ses erreurs et ses coups de génie, mettant à profit les zones d’ombres de l’histoire officielle pour ouvrir le champ des possibles, repensant Nietzsche ou mai 68 pour envisager des alternatives à la frilosité actuelle. Pour ce qui est du quadruple remède, je trouve cette belle idée un peu dépassée pour répondre aux problèmes de notre époque, voire un peu puérile...

« Je ne cotise pas à des plans d’épargne-retraite,
même philosophiques. »

47) Josy : – Crois-tu qu’il faille rechercher une sagesse qui mène à l’ataraxie ?

Je ne cotise pas à des plans d’épargne-retraite, même philosophiques.

48) Antisocial : – Quel est ton pire souvenir devant la télé ?

J’étais chez des amis, à la fin de l’été 2006. Nous étions une dizaine. Certains préparaient un tajine à l’étroit dans une cuisine minuscule. D’autres circulaient pour résoudre un problème technique dont le nom même m’était inconnu. J’étais donc resté seul devant la télé en sourdine, tournant les pages d’un album de photos lézardé et picorant quelques vestiges de tapas. Je contemplais, ici et là, les reflets du petit écran en me demandant quels poissons étaient suffisamment stupides pour mordre à l’hameçon cathodique et justifier l’existence de programmes remplis d’asticots. Je crois qu’il était aux alentours de 19h30, sur Canal + en clair, entre le "Zapping" et "Les Guignols de l’info" : deux des rares séquences qui ne me donnent pas la nausée et qui parviennent, parfois, à me faire sourire de notre actualité moribonde. C’est alors qu’a débuté un reportage digne du meilleur cirage sur les pompes de Nicolas Hulot pour sa "menace de candidature" hypermédiatisée. Oui, c’était bien l’homme d’affaire et accessoirement homme de télé, sponsorisé par le tentaculaire Rhône-Poulenc, qui se présentait comme le énième enfonceur de portes ouvertes devant le prompteur des lapalissades écologiques ! Nicolas Hulot, l’ami du néolibéral Chirac et du bétonneur Bouygues dans un paroxysme du "y a qu’à faut que" gratuit et passe-partout ! Nicolas Hulot, qui pourtant se balade à longueur d’année en hélicoptère tout en appelant à prendre le train ! Nicolas Hulot, devenu richissime avec sa marque passe-partout estampillée "écolo" bien que diversifiée dans d’ineffables fabrications polluantes ! Bref, l’homonyme de Sarkozy venait d’être parachuté par l’Elysée dans la campagne, à grand renfort de médias et de cautions morales et scientifiques, pour essayer de rassembler une partie du troupeau écolo dans le but de la ramener mécaniquement vers les bergers de la politique faisandée : belles paroles du corniaud + jolies promesses des bergers = moutons tondus comme tous les cinq ans ! Après la « fracture sociale », l’heure était à la « fracture environnementale », un an avant la coquille vide du « Grenelle de l’Environnement ». Sur ce, plusieurs de mes amis se rapprochèrent du salon pour jeter un œil à la pantalonnade verdâtre et m’informèrent que l’invitée de Denisot n’était autre que Madame Hallyday. Et le pire survint alors... Que dis-je ? Le comble de l’horreur ! Le sommet du mauvais goût et de la récupération sans vergogne : Johnny Hallyday chantant Imagine de John Lennon ! Lui, le soutien inconditionnel de Sarkozy... Mon sang ne fit qu’un tour ! Je fermis les yeux, pris mes tempes dans mes paumes et resta plusieurs minutes dans une sorte de yoga improvisé pour essayer d’évacuer ces apparitions mortifères. Depuis, à chaque fois que j’y repense, je n’arrive toujours pas à y croire, au point de soupçonner ce souvenir d’être un simple cauchemar…

« Ce n’est pas avec la hache d’un bûcheron
qu’on cueille les fleurs,
fussent-elles vénéneuses ou maladives. »

49) Anaïs : – Comme seul livre à emporter dans un lointain voyage, choisirais-tu plutôt Justine (Sade) ou L’anti-Justine (Restif de la Bretonne) ?

Les deux, non ? Un seul livre ? Alors, plutôt L’anti-Justine, dont les situations prêtent plus à sourire et, surtout, dont la transgression critique l’ordre établi sans le remplacer par un autre plus violent encore. Le talent de Sade est de pénétrer une forêt de questions taboues et fondamentales, pas de l’éclairer en y répondant. Ce n’est pas avec la hache d’un bûcheron qu’on cueille les fleurs, fussent-elles vénéneuses ou maladives. On ne révolutionne pas l’amour à coups de couteau.

50) Nadia : – Est-ce que tu es remis de tes accidents ?

Presque. Mais pas complètement. J’en garderai sans doute quelques séquelles… (lien)

51) Dédé : – Écris-tu la nuit ?

Oui, ça m’arrive souvent.

52) Josy : – Que penses-tu de cette proposition : « Pour être heureux jusqu’à un certain point, il faut que nous ayons souffert jusqu’au même point » ?

C’est intéressant, mais je ne suis pas sûr que cela se passe toujours ainsi. La formule est belle, mais je doute qu’elle fonctionne immanquablement. À vrai dire, il y a sans doute autre chose qui me gêne : je me méfie systématiquement des formules qui peuvent servir à justifier l’exploitation des plus faibles. Généralement, elles sont reconnaissables au relativisme qu’elles distillent, ainsi qu’à leur éloge de la souffrance ou du sacrifice. Le christianisme est une ruche d’aphorismes qui incitent à l’effort et relativisent la souffrance. On y entend souvent « il faut souffrir pour ceci, pour cela, pour être bon, pour être heureux, suer au travail et enfanter dans la douleur, peiner en espérant et croire au paradis, c’est-à-dire tout supporter, ou presque, en essayant de se convaincre, au fil des lectures et prières, qu’il faut attendre patiemment la mort pour que tout s’inverse enfin, qu’advienne la béatitude et que les derniers deviennent les premiers ». Tout ça me semble servir l’ordre établi. Il faudrait également examiner les présupposés (ce que l’on suppose a priori, ou, si tu veux, les sous-entendus) de la proposition « pour être heureux jusqu’à un certain point, il faut que nous ayons souffert jusqu’au même point ». Ne pourrait-il pas y avoir de bonheur sans souffrance ou, plus précisément, plus de bonheur avec moins de souffrance ? L’information de la souffrance d’autrui ne peut-elle nous suffire, d’une part, à mesurer notre bonheur et, d’autre part, à nous inciter à lutter sans atteindre pour un monde moins pénible et plus solidaire ?

53) Françoise : – Crois-tu que Jésus ait existé ?

Peut-être. Je l’imagine plutôt selon le portrait d’Ernest Renan que celui de Nikos Kazantazakis. J’avoue que ce n’est pas quelque chose qui me préoccupe intensément.

54) Pascal : – Quel est ton humoriste préféré ?

… Ainsi que Desproges, Gébé, Reiser et Parking. Je regrette aujourd’hui l’audace, l’impertinence et la subversion des vieux Hara kiri (dont un vieil ami médecin et philosophe, Georges Mériot, m’a offert la série presque complète, il y a quelques années : une lecture dont je me régale souvent au soleil de l’été). Peut-être pourrais-je ajouter Bedos pour son autodérision permanente, en particulier sur son narcissisme et ses difficultés familiales ? Bref, je suis plus un lecteur du tout nouveau Siné-Hebdo que de ce que Charlie-Hebdo est devenu. Parmi les nouveaux, j’aime bien Florence Forresti, notamment pour ses deux sketchs caricaturaux sur les hommes...

... et les femmes...

55) Nicole : – Il y a quelques mois, tu nous a parlé d’un nouveau essai qui aurait pour titre L’angoisse infinie des âmes libres, d’après Camus. Où en es-tu ?

Il est au brouillon, au tiroir, à l’athanor. J’y réfléchis de temps à autre. Mêler poésie et philosophie m’a toujours paru une affaire d’alchimie plus que d’orfèvrerie, de texture plus que de structure. En tant qu’artisan des mots, je n’ai rien d’autre à faire qu’à bien réfléchir aux hypothèses que je désire avancer. Le reste vient tout seul. Il est déjà là. L’angoisse infinie des âmes libres abordera principalement la fragilité de celles et ceux qui refusent de s’abriter dans la bergerie des opinions et de se réconforter dans la chaleur du troupeau. Toutes celles et ceux qui se sentent concernés par ce problème contingent de l’insoumission devraient y trouver quelques petites nourritures. Des nourritures pour ressentir un peu plus l’universalité du défi jubilatoire de la détribalisation.

« ... ceux qui refusent de s’abriter dans la bergerie des opinions et de se réconforter dans la chaleur du troupeau. »

56) Josy : – Retiré dans ta chaumière au creux de la Montagne Noire, j’imagine que tu es un amoureux de la nature et sans doute aimes-tu le calme. Mais, vivrais-tu en ascète ?

Non, vraiment pas. Néanmoins, je reconnais que cette façon d’alterner la foule et l’isolement, les activités urbaines et le repli rural, la plaine lumineuse et la Montagne Noire, a quelque chose d’apaisant. J’ai du mal à rester plus d’une semaine à Paris, mais également plus d’un mois dans ma petite « chaumière » adossée à la colline. J’ai besoin de ce va-et-vient entre mes deux mondes.

57) Fabien : – Il paraît que tu as eu des divergences de points de vue avec Denis Pingaud, le communicant discret de José Bové durant la campagne des présidentielles (cf. ta bio, mars 2007). Vers quel type de campagne aurais-tu voulu pousser José ?


Coluche Président !!!
envoyé par stephcreas

58) Ulysse et Maud : – Quel dessin-animé ou film a marqué ton enfance ?

Merci pour ta question, mon petit Ulysse. Je vais essayer d’insérer quelques extraits vidéos pour illustrer mes réponses. Tout d’abord, je me souviens d’un dessin-animé qui passait juste avant que j’aille me coucher, cinq minutes avant 20h : Il était une fois l’homme. Le générique faisait défiler l’histoire de l’humanité, en quelques secondes, sur une fuite de Bach. À la fin, la Terre explosait par la folie des hommes et il ne restait plus que quelques dizaines de survivants dans l’espace, essayant de repenser leur façon de vivre ensemble à la lumière du passé.


Générique Il était une fois l’homme
envoyé par rapace0

J’aimais aussi beaucoup le personnage de Rahan dans Pif Gadget puis en dessins-animés : un jeune homme préhistorique orphelin qui voyageait de clan en clan, de territoire en territoire, avec pour seuls souvenirs un collier de griffes représentant des valeurs humanistes de base et un coutelas d’ivoire qu’il faisait tourner pour s’orienter au gré des circonstances, en cultivant l’aléatoire. Je me souviens que Rahan détestait les sorciers qui manipulaient les tribus et encourageait également celles-ci à vivre sans chef, si possible, ou à choisir quelqu’un de vaillant, humble et dévoué. Rahan ne croyait ni aux dieux, ni aux démons, ni aux superstitions. Il aimait rire et échanger les savoirs, sans jamais se sentir appartenir à un seul clan, mais à toute l’humanité : « ceux qui marchent debout ». Il était même contre la peine de mort et donnait des noms originaux aux phénomènes physiques tout en essayant de les comprendre.


Rahan - Générique
envoyé par Whisky-Larson

J’ai aussi été fasciné, paraît-il, quand j’étais plus petit, par les maisons successives des trois petits cochons, mais je n’en ai aucun souvenir. Bruno Betteilhem dit qu’il s’agit du désir de construction de la personnalité (Psychanalyse des contes de fées, Robert Laffont 1976 ou Pocket 1999). Comme la plupart des enfants, j’ai bien sûr grandi dans l’univers Disney. Ce que je préférais, c’était l’errance d’Alice au pays des merveilles (d’après Lewis Caroll), le bonheur simple de Baloo enseigné à Moogli dans Le livre de la Jungle (d’après Rudyard Kipling) et, surtout, les histoires de justiciers costumés reprenant à des despotes débiles les richesses de peuples opprimés : Robin des Bois, Zorro, etc.


Alice - le poème de la chenille
envoyé par padock

Le livre de la Jungle - Il en faut peu pour être heureux
envoyé par disney-forever

Robin des bois - quel beau jour vraiment
envoyé par delfabomb

Zorro générique (en mode 1992)
envoyé par supersaiyan

Sur le même sujet, j’aimais bien La ferme des animaux (d’après Georges Orwell) qui racontait l’histoire d’un coup d’état organisé par des porcs dont le chef se faisait appeler César. Et surtout, Le roi et l’oiseau de Paul Grimault (sur une magnifique idée de Jacques Prévert). Je me souviens encore de ma sortie au cinéma, un soir de mars 1980. J’avais neuf ans. Quatre de plus que toi, Ulysse.


Extrait Roi et l’Oiseau 03
uki_take

59) Maud : – Quelle est l’intervention scolaire qui t’a le plus marqué ?

Toutes m’ont ému. La plupart m’ont appris et permis d’améliorer mes méthodes. Quels que soient le niveau et l’attitude des élèves, il se passe toujours quelque chose. Les élèves de sixième et de seconde sont peut-être plus accueillants, attentifs et ouverts, parce qu’ils sont eux-mêmes nouveaux dans leur établissement. Ceux de troisième questionnent beaucoup l’implication sociale du poète et de ses textes car ils ont la poésie engagée au programme de français. Les élèves en Atelier Relais (exclus momentanément de leur établissement, mais encore en scolarité obligatoire car ayant moins de seize ans) sont à la fois les plus durs et les plus créatifs : ils ont un monde parallèle à accoucher, un monde qui leur fait mal, un monde qui ne leur pardonne rien. J’ai une grande admiration pour les gens qui s’occupent d’eux, en particulier pour l’homme qui coordonne le dispositif tarnais, un ami motivé et persévérant que je n’ai jamais vu craquer, à la différence de la plupart des intervenants dont beaucoup démissionnent très vite ! L’un de ces enseignants dévoués qui sont honneur de leur profession, qui essaient de proposer des situations nouvelles, différentes, passionnantes, notamment des rencontres avec des artistes ou des écrivains, rencontres qui laissent parfois aux élèves des souvenirs inoubliables : c’est ce qui m’est arrivé quand j’avais quatorze ans au Collège Fernand Léger de Berre l’Étang (Zone d’Éducation Prioritaire) avec un vieil écrivain dont je n’ai toujours pas retrouvé le nom ! Il y a une dizaine d’années, je suis revenu sur mes pas, à l’occasion d’une visite dans mon collège et d’un spectacle en duo avec Jacques Durbec à la Médiathèque. Un spectacle dans une salle comble auquel ont participé beaucoup d’élèves qui connaissaient par cœur les textes, mes textes, leurs textes… Et qui me disaient : « et toi, Yannis, quand t’avais notre âge, tu en pensais quoi du collège ? ». Mes vieux profs répondaient pour moi, avec une connivence souriante inconnue jusqu’alors : « la même chose que vous, il en avait marre de nous voir et maintenant il se rappelle des bons moments et perçoit ce que ça lui a apporté ».

« ... Durfort n’est plus connu que pour son cuivre !
Bientôt, on viendra peut-être m’y jeter des cacahuètes,
en tant en tant que curiosité zoologique locale ! »

60) Katerine : – Tu écris souvent dans les cafés. Dans lesquels peut-il arriver de te rencontrer ?

À Durfort, c’est le Cyrano qui vient de rouvrir et dans lequel Véronique et Bernard ont créé un espace pour présenter et vendre mes livres aux clients du coin comme aux touristes. Durfort n’est plus connu que pour son cuivre ! Bientôt, on viendra peut-être m’y jeter des cacahuètes, en tant en tant que curiosité zoologique locale ! À Revel, c’est le café des Arcades, face au beffroi. J’y suis presque tous les samedis à l’heure du marché. Jean-Luc et Lydie m’y ont même créé une boîte postale pour consigner les messages et documents. À Revel, je fréquente aussi le Sitio, rue de Dreuilhe : un lieu original et feutrée, dans lequel je profite du wifi tout en dégustant d’excellents cafés du monde, notamment des mokas Harrar d’Éthiopie. À Castres, je vais parfois déjeuner au Relais du Pont Vieux, avec des amis. Un lieu qui a beaucoup compté dans l’histoire des cafés-philo (où a notamment été conçue la déclaration internationale, à lire ici). À Albi, c’est plutôt l’Estabar, devant la fac, où je reste parfois casser une graine au premier étage (j’aime bien Le jour de fête également, repaire des bébédistes). À Martigues, c’est le San Giov’, au cœur de Jonquières, où je signe chacune de mes nouveautés avec le soutien de vieux amis journalistes. À Lyon, je vais surtout De l’autre côté du Pont ou déguster les bières rousses du Ninkasi, car Maud est originaire de Gerland. Je fréquente aussi Le Bal des Ardents, La Gryffe, La Plume Noire et Terre des Livres. À Paris, je fréquente surtout les lieux de prédilection de Gunter, de Bastille à Ivry. À Athènes, je passe tous les matins au kafeneion de Stélios, en face du grand yaourtier d’Agia Marina. Et j’ai quelques tavernes et ouzeraies de prédilection, ici et là, entre Ilioupolis et Barkiza, ainsi que sur le Pirée. Si jamais vous allez un jour à Paros, de l’autre côté de l’île par rapport au port Paroukia, faites-moi signe au coin de la taverne bleue du village de Naoussa : je vous offrirai volontiers un résiné bien frais pour déguster quelques poulpes bien séchés puis grillés avec de l’origan et du citron. En plus, il y a des livres dans toutes les langues à l’intérieur et le murmure des pêcheurs sur le quai.

« Le philologue, quand il reste reclus dans sa tour d’ivoire,
n’est qu’un moine conservateur
qui se confine à la répétition de textes
qu’il étudie comme un théologien. »

61) Fabienne : – Pourquoi ce besoin, apparemment intense, de vivre la philosophie en complément de la poésie ?

J’ai dit quelque part (dans La mort des Poètes ; pour resituer la citation dans son contexte, cliquer ici) que « la poésie est la sexualité de langage ». Il en est de même pour la philosophie sur le versant de la pensée : la philosophie est la sexualité de la pensée. Mais la philosophie est allogame, et non autogame, c’est-à-dire qu’elle a besoin d’une pollinisation réciproque avec un autre champ d’activité intellectuelle. Pour moi, la philosophie ne peut se développer sur l’unique chantier de la philologie ou d’un quelconque système logique. Je n’y crois pas une seule seconde. Même une œuvre monumentale comme celle de Kant n’est pour moi qu’une magnifique machine soigneusement huilée et lustrée, réécrite et re-préfacée régulièrement, mais qui n’est faite que pour les prestigieux circuits sur lesquelles la philosophie académique a pour habitude de tourner en rond. Elle est coupée d’un monde dont elle n’est que le reflet, comme au-dessus d’un lac tranquille. Elle est au-dessus, décalée, en vase clos. Sa logique propre et sans tache ne nous aide en rien sinon à apprendre à penser selon ses axiomes, à s’orienter dans une pensée qui est certes ambitieuse, mais qui n’est pas suffisamment enraciné dans l’existence. La philosophie a besoin d’une forme spécifique de rapport au réel, peu importe qu’elle soit artistique ou scientifique. Elle a besoin d’une greffe. Une greffe sur un arbre. L’arbre des idées. L’histoire de la pensée. Cette greffe peut provenir du champ des mathématiques (Descartes – qui développe une philosophie, certes logique, mais bien enracinée dans l’existence et qui témoigne de l’expérience personnelle qui oriente sa pensée et la relie au réel – Canguilhem…), de la psychologie (Deleuze, Foucault, Benasayag…), de la sociologie (Morin, Bourdieu, Wacquant…) ou encore, bien sûr, de la poésie (Nietzsche, Rilke, Holderlin). La philologie n’accouchera jamais une philosophie en se masturbant obstinément les protubérances historiques les plus troublantes. Le philologue, quand il reste reclus dans sa tour d’ivoire, n’est qu’un moine conservateur qui se confine à la répétition de textes qu’il étudie comme un théologien. La philosophie se conçoit dans le monde, en se frottant à d’autres pratiques, en se confrontant à travers elles au réel. Elle peut, certes, naître ensuite à l’écart, dans l’isolement périodique de l’écrivain, mais ne tire sa substance que d’un rapport fécond préalable entre théorie et pratique, entre abstrait et concret, entre passé et présent. Pour moi, la relation la plus jouissive se situe avec la poésie, car elle apporte ce grain de folie, de sable, d’audace, de métaphore, de dérèglement du langage et parfois même des sens. Rien n’a jamais excité la philosophie autant que la poésie.

« Merci doublement aux concepteurs et aux visiteurs
de ce petit îlot virtuel sur lequel j’ai trouvé refuge. »

62) Didier : – Vas-tu souvent faire un tour sur ton site ?

Presque tous les jours depuis sa nouvelle formule, début mars. Je regrette seulement qu’on ait dû changer de nom, ce qui nous a obligé à repartir de zéro, ou presque, alors qu’on avait eu beaucoup de visites en mars et avril. Malheureusement l’offre de free ne correspondait plus, paraît-il, à nos besoins (je n’y connais pas grand chose). En quittant free pour un autre hébergement plus spacieux, il a fallu changer de nom, d’où le passage de youlountas.free.fr en youlountas.net. Mais maintenant, on aura de la marge pour longtemps, paraît-il. Vous pouvez faire connaître à nouveau l’adresse, si vous le désirez, sans risquer, cette fois, d’envoyer vos amis vers une adresse aussitôt périmée ! Éric et Minga sont des as en informatique, de vrais génies ! Quant à Maud, elle coordonne le tout avec plein de bonnes idées et l’aide d’une dizaine d’amis aux multiples idées régulièrement proposées. Nathalie avec ses montages ou ses restaurations de photos d’archives, par exemple. Je suis très ému de cette nouvelle façon de rencontrer les lecteurs, sans rapport d’argent pour diffuser mes textes et sans limitation de durée pour en prendre connaissance et en discuter. Cet espace de liberté sécrète également une autre forme de satisfaction, qui remonte d’un lointain passé hésitant : celui d’être aussi peu dépendant que possible des médias principaux. Avoir mon propre média alternatif, bien que liliputien et moyennement fréquenté, me permet non seulement de proposer une information régulière et exhaustive sur mes parutions et mes rendez-vous, mais aussi de communiquer sans visa ni copinage ni censure ni bon vouloir des uns ou des autres, loin de la ronde médiatique des cénacles parisiens principaux (ou princiers) et de leurs courtisans. Ouf ! Merci doublement aux concepteurs et aux visiteurs de ce petit îlot virtuel sur lequel j’ai trouvé refuge.

(à suivre...)

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