Yannis Youlountas

Philosophe ou poète ? Humain tout simplement ! L'existence est muette et l'étiquette ment.


21 avril 2002 : Soir de Pen

chanté lors des manifestations du premier mai suivant, sur l’air de "Nuit et Brouillard" de Jean Ferrat


La fumée d’une clope embrume le décompte...
Apparaît un cyclope, accueilli dans la honte :
Le citoyen zappeur a choisi la charogne,
Jouant à se faire peur. La République est borgne.

Revoilà le bûcher, la censure et la chasse
A l’humain, les bouchers, la tonsure et le gaz !
Et du fiel à la terre, et d’Orange à Dachau,
Revoilà les charters, revoilà les fachos.

La flamme en métastase et la feuille de chêne
Se propagent et s’embrasent, et les fous se déchaînent :
Chaque chaîne étoffée de vainqueurs frénétiques
Devient autodafé sous le feu médiatique.

Les hurlements haineux des joyeux lycanthropes
Et leurs crocs vénéneux au poison misanthrope
Rassemblent les mesquins, les frustrés, les jaloux,
Dans le vote arlequin livrant la terre aux loups.

Qui est roi au pays des aveugles penauds ?
Quel imposteur haï séduit les nationaux ?
Quel faux républicain pourrait un jour frapper
Nos frères africains ou sœurs émancipées ?

Contre ses bruns desseins et sa rage opaline,
Y a-t-il un vieux vaccin, une Pen-icilline ?
Et s’il est déjà tard, au moins un antidote
Pour sauver les bâtards de sa race pâlotte ?

Le peine-à-jouir menace amour et liberté,
Et la fièvre en rosace espère en sa montée
L’avènement ultime où la loi intégriste
Règlera l’ordre intime en s’affirmant du Christ.

Hantise et pénitence animent les esprits.
La rue en résistance exprime son mépris.
Ce soir, la France en Pen s’écrit, dans son errance,
Avec un grand F-haine et l’affront du mot « rance ».

Y.Y. in Poèmes ignobles, contre une poésie de l’ennui et de la bienséance (La gouttière, 2005)

À noter : deux semaines plus tard, Yannis a écrit une suite pour commenter le résultat du second tour. La voici :

5 MAI 2002 : SONNET DU SOULAGEMENT

Depuis chaque isoloir et son corpus christi,
L’objet du recyclage est descendu dans l’urne ;
Bulletin chiraqué : obscène répartie
A l’étron bleu-blanc-rouge aux relents taciturnes.

La grimace odorante et le ridé sourire
Sont pour toi Bernadette, ô fierté nationale !
Et pour Supermenteur qui, échappant au pire,
Retrouve ainsi sa place au bout de ce canal.

Par défaut se remplit l’éprouvante lucarne,
Au milieu de laquelle, en revenant s’incarne
Le nez présidentiel et caricatural !

Le gaullisme apparaît au fond la cuvette :
Un présumé coupable, élu à la sauvette
Echappant à son trou dans l’effort général.

Y.Y. in Poèmes ignobles, contre une poésie de l’ennui et de la bienséance (La gouttière, 2005)

À lire sur le même sujet (critique des médias) :
- l’édito actuel, sur le processus de pensée unique en faveur du Dalaï Lama
- l’édito précédent, sur l’insécurité
- Critique de la démoscopie, Du débat démocratique confisqué par son propre spectacle (conférence et essai)
- Soirée télé ou La liberté de dire non (théâtre)
- Revol vers (poèmes)
- 21 avril 2002 : soir de Pen (chanson)

Pour en savoir plus sur l’auteur :
- Itinéraire 1970-2008 (biographie, par Maud)
- Œuvres (bibliographie)



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