Philosophe ou poète ? Humain tout simplement ! L'existence est muette et l'étiquette ment.
Recueil de poèmes, La gouttière, 2005
96 pages - 11 € - ISBN : 2-915044-11-2

Né en 1965 à Orléans, Thierry Ducuing est instituteur dans la Haute-Garonne et papa de deux garçons : Jules et Rémy. Amateur de philo et de théâtre jusqu’à descendre dans les cafés-philo et monter sur les planches, il a également vinifié en poèmes les principales récoltes de son existence. Cette première cuvée a donc jusqu’à 15 ans d’âge et se déguste aussi bien seul qu’entre amis.

« Descendre au fond de soi pour en extraire la pierre humaine universelle. La tailler patiemment pour élever des poèmes en prose, vers libres, sonnets, haïkus, comme autant de colonnes chuchotantes dans la bouche du silence. Remonter les rivières de l’amour jusqu’à la source ombilicale. Traverser les visages et les paysages jusqu’au verso du monde. Lutter contre soi-même dans le torrent des codes barres et des passions belliqueuses. Arracher son essence au puits sans fin de l’avoir et forer profondément le papier pour en faire jaillir la parole. Ne pas perdre pieds. Se débattre. Essayer par-dessus tout de s’améliorer. Ainsi a choisi d’écrire ce poète dont les obsessions intimes sont la résonance d’une seule et même quête : aimer. »
Yannis Youlountas

TABLE :
Préliminaire :
Qu’est-ce que la poésie ?
Matern’ailes :
Un prénom pour l’espérée
Houle blanche
Natur’ailes :
Témoins de faits d’hiver
Désert fertile
Déroutante déroulante
Chlorophylle galerie
Chaînes libératrices
De pôle en tropique
Souvenance tropicale
Inspiration :
Douze aurores
Tempor’ailes :
L’amour en paix
Vigilance agnostique
Puits du temps
En grève de soi
Retour à la lumière
Un doute plane
Quand les caddies s’échouent
Ce temps qui coule
En ces cités aveugles
Mots amers
Le temps borné
Amoureros :
Aimer, c’est…
Rencontre sylvestre
Errance nocturne
Essentielle étincelle
Au-delà des mots
Me guérir de toi
Récréation :
Thé lacté
Lavoirs champêtres
Les dés sont jetés
Brochettes de mots
Points sur la langue
Fugue :
Quatuor élémentaire
Fluide vital
Incandescence
Matrice fertile
Souffle immémorial
Expiration :
Douze crépuscules
Epilogue :
Recto Verso
En ma cellule
A mains nues
Métaphore finale :
La poésie se dénude

EXTRAITS :
Qu’est-ce que la poésie ?
« Elle est liberté, sans frontières ni chapelles. (…) Elle est surtout mystère. Elle est la météorite du Beau dont nous continuons à ignorer la trajectoire capricieuse. (…) La poésie est la sirène que tout homme voudrait apprivoiser mais elle est la seule à connaître le secret de sa force immergée. (...)
« Alors à quoi sert la poésie ? A rendre moins terne notre quotidien, à combattre le matérialisme (notre rouille sociale), à être délicieusement inutile, à croire que l’homme peut encore rêver (…) »
La poésie se dénude
« La poésie, comme tous les arts, exige une liberté garante de la création, demande à ses lecteurs un abandon des idées reçues, une curiosité, une disponibilité au moment de la rencontre avec ses mots, ses métaphores, son univers. L’acte de création est la mise à nu qui outrepasse la timidité, la pudeur. Le moment de la rencontre entre le poème et son lecteur n’est-il pas comparable à celui annonçant la rencontre des nouveaux amants ? »
HAÏKUS :
Un quartier dénudé de pamplemousse/ comme une lèvre sanguine offerte/ à ma bouche avide de son suc.
Kiwi pelé fendu en deux/ sur la porcelaine blanche/ deux seins d’émeraude marbrés.
Femme Vague Hermine/ Mousse Ecume Neige/ Toutes m’étreignent abandonné.
Le temps dur s’élastique/ autant que le temps s’étend/ conjugués me guérissent de toi.
Volutes dans l’air parfumé/ caressent les grues cendrées/ venues vider les cieux.
La fumée vomie des tuyaux/ étouffe à petit feu/ la neige de nos espérances.
AUTRES EXTRAITS...
Désert fertile
Partir, errer sans but, sinon se retrouver
En soi. Le silence révélateur fait bilan
De sa vie, de la voie empruntée si longtemps.
Monotone horizon, toujours changeant. Rêver…
De pôle en tropique
Je songe à l’homme, à tous ces frères
Aux statures éloignées, aux visages si divers.
Je songe au monde, à notre mère.
Géographie changeante au climat sans hiver.
Puits du temps
Ainsi, dès lors, ce puits
Se nimbera d’espoir
Si tu lèves les yeux.
Ignore ceux qui s’échinent
A te courber l’échine,
A regarder le fond,
Eux qui au firmament
Oublient ce que partage veut dire
Et qui ne veulent surtout jamais
Que tu les y rejoignes, si leste.
Creuse le ciel, mineur céleste !
Retour à la lumière
Et qu’avec frères et sœurs, tous humains différents
De religion, culture et de philosophie,
Puissions-nous sans tarder abreuver de lumière
La terre où règne l’ombre en l’algérien défi.
Quand les caddies s’échouent
Consommateurs blasés et souvent capricieux,
Tuant à petit feu le citoyen lucide
Discernant au mieux le pire
Dans tous ces brouillards arides
Echoués en ces plages du rien.
Mots amers
Ils sont là, rongés par l’érosion des manques,
Désincarnés et faibles, inaptes à transcrire
Ces sentiments rendus muets par le silence.
Des mots-râles agonisent, dés jetés au hasard
Du fil des discours, dénudé – le mot nu ment.
Brochettes de mots
Voici des mots saignants, à point nommés, colliers :
Les mots dits enveloppés d’éternels regrets.
Les mots tus pour cause de censure, de bouches cousues.
Les mots-clé : gardien du coffre-fort de notre lexique.
En aphonie : mots-ribonds en voie d’extinction.
Fluide vital
En t’accouplant aux vents, caressant les eaux mères,
Fondue au sel marin, t’étendant respirante,
Marées berçant le temps en vagues aspirantes,
Nourrissant faune et flore : deux enfants de la mer.
Incandescence
Puissant, incandescent fondeur de roche esclave,
Le magma est ton nid, bouillonnant d’impatience,
Magicien jaillissant, grand expert de ta science,
Créateur de volcans en Rodin de leurs laves.
Matrice fertile
Perpétuelle toupie, essoreuse d’océans
Comme un fruit bleu tourné au noyau du potier.
Parant les dards solaires d’aériens boucliers
Et transparence gangue de géodes à diamants.
Souffle immémorial
Seigneur de l’infini, magicien invisible,
Navigateur fidèle, empereur de la nuit,
Emplis le bocal vide sans crainte de l’ennui,
Transportant son et temps en veilleurs indicibles.
En ma cellule
Les mots mis bulle à bulle étanchent mes yeux vains,
Gorgeant chaque cellule de mon âme affaiblie.
En revoyant ma vie en déesse établie,
Je souris aux écrits de mon frère écrivain.
T.D.

Et pour finir cette présentation, voici deux poèmes du même auteur dans un autre livre, collectif cette fois : Le voyage des mots (La gouttière, 2003).
Architectes de l’âme
Il est des êtres, qui, par leur valeur, leur charisme,
S’imposent malgré eux aux êtres de bonne volonté.
Ils vous tracent des lignes, vous ouvrent des voies lactées,
Vous entrouvrent les yeux là où régnait le schisme.
Ces architectes de l’âme nous livrent les secrets
Que chacun porte après en avoir perdu les clés.
Ils démêlent les fils du chaos, maillent nos chemins
De déshérence vers cet horizon lointain.
Ils donnent confiance à ceux qui s’ignorent, se désaiment ;
Apprennent la sagesse, la tempérance aux passibles ;
Donnent les couleurs sur la palette des choix possibles
Avant que l’on ne peigne sa toile intime quand même.
Sculpteurs de nos décisions, livreur des outils
Emballés dans le papier de la liberté,
Sans rien nous imposer – leur arme est suggérer –
Nous offrant l’harmonie comme un dernier colis.
T.D.
Archéologie intérieure
S’arrêter, se retourner, chercher les outils
Pour creuser l’essentiel, faire resurgir l’oubli
Disperser les scories par le temps amassées.
Gratter l’opaciant vernis qui masque les veines
Du bois du Moi, rainures de l’intime abîmé
Par l’érosion du temps : mystérieux enchanteur
Lessiveur d’émotions, buvard d’excès de pleurs.
Balayer la poussière des monceaux d’habitude
Réveiller les pierres précieuses de leur lassitude
Recycler les dons de Soi : legs d’Amour perdus
Raviver les gestes éteints d’amnésie d’étreintes
Retisser les liens défaits sur la trame de l’âme
Puis l’espoir recouvré, borner sa vie de sens.
Et se faire comparaître en son fort intérieur
Jurer d’abandonner ses petites lâchetés
Faire serment de s’oublier, explorer l’ailleurs
La main tendue, s’aimer à sa juste valeur
Car sans amour de soi, aimer l’autre est mirage
Brillant dans le désert en foules aveuglantes.
T.D.

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Rencontre le jeudi 4 décembre 2008 à Tournefeuille (avec Y.Y. et T.D.)
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